La minéralité, ce « goût de caillou » souvent associé aux vins blancs d’Auvergne, d’Etna ou d’Assyrtiko, a longtemps paru insaisissable. Terme poétique d’abord utilisé dans la dégustation, elle titille le nez (silex frappé, fumée, iode), la bouche (tension, salinité, amertume fine).
Or aucune étude n’a pu démontrer que les minéraux du sol, comme le soufre ou le fer, passaient intégralement dans le vin pour y exprimer ce goût minéral. L’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) a publié en 2017 une synthèse montrant que le calcium, le magnésium et le potassium sont absorbés par la vigne, mais qu’ils n’apportent que des traces dans le produit fini. La « minéralité », telle qu’identifiée à la dégustation, dépend beaucoup plus de :
- L’acidité naturelle du vin (plus forte sur volcans jeunes, pH bas)
- La réduction (notes fumées, grillées, pierre à fusil)
- Des composés soufrés et aromatiques issus de la fermentation
- La salinité, parfois apportée par le climat (vents marins sur Etna, Santorin, Canaries)
Le mot, pourtant, perdure dans le langage : il traduit moins une origine chimique qu’une sensation, un paysage perçu à l’aveugle.
Une étude menée sur 84 vins issus de différents terroirs européens (Chin et al., Food Chemistry, 2016) a montré que la perception de minéralité par un panel d’œnologues était en réalité associée à la fraîcheur acide, à une faible intensité fruitée, et aux notes réduites, pas uniquement à la composition en minéraux.